Scylla

performance, 2016.

"Alors, de même que lorsque, au tout début, dans l’oeuf neigeux de molles formes prennent souffle et les os des membres, encore inachevés, ondoyent en surface, coagulés par une chaleur nouvelle, de même le corps de Scylla, entouré par l’eau transparente de la mer, ses membres, entre l’humain et l’animalité, dont les parties n’étaient pas encore déterminées, de toutes parts provoquaient le changement et le recevaient de toutes parts. D’abord la beauté de la bouche, et des lèvres qui de tant d’hommes furent désirées, et la forme d’un large front commencèrent à coaguler pour former un seul élément, et le menton se mit à pousser en un bec grêle ; alors, là où la ligne de séparation médiane de la tête s’avançait, voici que tout soudain, comme pour avoir voulu imiter les attributs paternels, l’aigrette agita une crête de pourpre sur le sommet du crâne ; un doux plumage entrelaçant des couleurs bigarrées revêtit d’un vêtement d’oiseau le corps à la blancheur de marbre, et les bras souples déployèrent une couche continue de plumes ; puis le reste de son corps et ses jambes teintes d’un rouge minium, une maigreur rugueuse les couvrit d’une peau nouvelle, et fixa des serres aiguës aux tendres pieds.»

traduit par Jackie Pigeaud, L'art et le Vivant, 1995.